samedi 20 janvier 2018

A 3768 mètres sous la glace antarctique, les Russes ont percé un lac d’eau pure


Sophie Dubois a ajouté 3 photos.
12 h
A 3768 mètres sous la glace antarctique, les Russes ont percé un lac d’eau pure
Découverte : Le lac Vostok est la plus grande étendue d’eau subglaciaire.
Elle contiendrait une vie inconnue...
En dessous de la calotte «soulevée», cette image ( ci-dessous )de synthèse révèle les 476 lacs subglaciaires dont le Vostok


C’est une aventure scientifique hors du commun et pleine de mystère qui se joue au beau milieu de l’Antarctique,
à l’endroit le plus froid de la Terre.
Au-dessous de leur base baptisée Vostok, où le thermomètre est descendu à – 89,2 °C, une équipe de scientifiques russes a percé les derniers mètres de glace qui les séparaient d’une immense étendue d’eau subglaciaire, parfaitement pure, inviolée depuis au moins 420'000 ans.
Le lac Vostok, de la taille du lac Ontario (près de la moitié de la Suisse!), pourrait renfermer une forme de vie primitive inconnue.
Cette découverte spectaculaire est entourée d’un mystère aussi épais que la glace antarctique.
Officiellement, les Russes affirment avoir percé le lac en debut janvier 2012 .
Comment en être sûr?
Parce que le bureau moscovite des Editions Paulsen a reçu l’information le mardi 31 janvier 2012, directement des glaciologues de Vostok!
Une fois leur succès assuré, ils ont fait venir une délégation officielle sur leur base, pour annoncer la nouvelle.
A sa tête, le ministre russe des ressources naturelles, Youri Trudnev, et le patron de l’institut Roshydromets Alexandre Frolov, qui supervise l’exploration polaire russe.
Vie terrestre ou vie extraterrestre?
Un événement attendu, qui peut changer la compréhension de la vie terrestre… et extraterrestre.
En effet, les carottages de glace profonde débutés en 1989 par les Russes ont déjà révélé des traces d’ADN de bactéries issues de la glace d’accrétion du lac (produite par l’eau du lac dont la voûte regèle au contact de la calotte qui la surplombe).
Si cette découverte se confirme dans l’eau du lac, cela pourrait donner une idée du type de vie possible sur Europe, l’une des lunes de Jupiter, recouverte de glace.
Questions sans réponse
De nombreuses questions restent pour l’heure sans réponse: comment des bactéries peuvent-elles survivre dans une eau très riche en oxygène (20 à 30 fois plus que l’eau normale), avec une pression de 350 atmosphères?
Y a-t-il des sources d’eau chaude qui s’échappent du lit rocheux, puisque ces traces de bactéries thermophiles rappellent celles que l’on trouve sous les tropiques, voire près de sources thermales?
L’histoire de ce forage est à elle seule un roman.
Vostok a été installée en 1957, à l’emplacement du pôle géomagnétique sud. C’était le lot de consolation accordé à Khrouchtchev, puisque les Américains s’étaient arrogé le pôle Sud géographique. Très vite, on a soupçonné l’existence d’un grand lac subglaciaire à cet endroit.
En 1989, le forage actuel a débuté, avec, au début, la seule intention de comprendre l’évolution du climat à travers les âges – les bulles d’air emprisonnées dans la glace sont la mémoire du temps.
Forage coûteux
Le forage, qui s’accomplit dans des conditions très difficiles, s’est interrompu plusieurs fois, faute d’argent.
Il a posé un problème écologique important.
«A partir de 1000 m de profondeur, la pression de la glace est telle qu’elle ferme le trou, explique Christian de Marliave, conseiller scientifique des Editions Paulsen et l’un des meilleurs connaisseurs mondiaux des pôles. Pour empêcher le trou de se fermer, les Russes ont donc utilisé un mélange de kérosène et de fréon.»
Pour les derniers décimètres, dans une glace à – 0,8 degré, ils affirment avoir mis de l’huile de silicone, moins polluante.
Ils misaient surtout sur la pression du lac, qui devait faire remonter l’eau dans le trou de forage et, en gelant, créer un bouchon évitant toute pollution.
«Les Russes sont restés à Vostok plus longtemps que d’habitude pour réussir leur coup, raconte Christian de Marliave.
Car ailleurs en Antarctique, les Anglais veulent forer l’an prochain le lac Ellsworth – on a recensé 473 lacs sous la glace –, à l’eau chaude, ce qui va plus vite mais ruine toute possibilité de carottage»...
Source : Tribune de Genève

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