COMMENT LES BANQUES CENTRALES PEUVENT-ELLES CRÉER DE L’ARGENT À PARTIR DE… RIEN ?
(Jean Goychman)
Une des expressions que de Gaulle aimait employer lorsqu’il se voulait pédagogue était de « réduire les choses en nombres premiers ». Il entendait par là qu’il fallait, dans l’analyse des phénomènes et des évènements, identifier les causes et les séparer de leurs effets. Cet exercice est parfois difficile à réaliser, en particulier lorsque d’aucuns, mus par leurs propres intérêts, s’évertuent à présenter les choses de façon à ce que le bon peuple croit de bonne fois à l’inversion de la cause et de l’effet. Parmi ces « nombres premiers » de notre civilisation mercantile, un des plus importants, sinon le plus, est la monnaie. Et surtout qui la contrôle et comment ce contrôle est exercé.
Une réalité bien dissimulée
Afin d’augmenter les possibilités d’échange – qui passaient vraisemblablement au début de l’humanité par le troc, étape plus civilisée que l’appropriation par le pillage pur et simple – nos lointains ancêtres utilisaient des biens intermédiaires dont la valeur était plus ou moins universellement acceptée, du moins sur un plan local. L’étape suivante a consisté à trouver une monnaie plus « universelle ». Compte-tenu de ses propriétés intrinsèques comme son inaltérabilité dans le temps, sa facilité de travail et sa rareté, l’or s’est imposé au fil du temps.
Entretemps, les futurs banquiers (souvent des orfèvres au départ) ont découvert les calculs de probabilité. Après que leurs clients aient pris l’habitude de remplacer l’or physique par des certificats en papier de même valeur, émis contre un intérêt destiné à rémunérer le service rendu, ils se dirent qu’après tout, en restant raisonnables, ils pouvaient se faire une« petite gratte » en émettant un peu plus de certificats qu’eux-mêmes ne possédaient d’or en réserve. Ayant constaté que les tous les gens ne venaient jamais échanger leurs certificats contre leur or en même temps, ils se fixèrent une limite relativement basse de non-couverture. Le système des réserves fractionnaires est né de cette façon.
Les « billets de banque » étaient nés.

Traduction : Joueur, destructeur et économiste, John Law croyait que l’argent était simplement un moyen d’échange. Il fit pression pour l’impression de monnaie scripturale et la création d’obligations en France, provoquant l’une des premières crises financières.
Mais les banquiers allèrent plus loin encore. Ils décidèrent qu’ils pouvaient se substituer aux Etats en place afin d’émettre eux-mêmes la monnaie en circulation dans lesdits États. En 1715, le banquier écossais John Law réussit à convaincre Philippe d’Orléans de lui laisser imprimer des billets non-adossés à l’or. La dette de la France dépassait alors, en raison des guerres menées par Louis XIV, 10 années de recettes fiscales. Ainsi fut créée la premièremonnaie-dette, ainsi appelée car elle était créée en échange de dettes rachetées. Le système Law fit faillite en 1920, et ce fut la première banqueroute d’une banque émettant des billets sans contre-valeur autre qu’une dette d’État [1].
Pour comprendre le mécanisme, imaginons que vous m’ayez avancé une somme d’argent et que je vous ait, en échange, signée une reconnaissance de dette. Ce papier pourrait ensuite servir de remboursement pour quelqu’un à qui vous devriez de l’argent. Il possède donc une certaine valeur, ce qui permet à une banque de le racheter contre des billets qu’elle émet, et qui ne lui coûtent rien sinon le papier et l’encre. En contrepartie, cette dette rentre dans le bilan de la banque, à hauteur de cette dette rachetée.
Le principe de la création monétaire
Nous venons de voir le fonctionnement du rachat d’actifs par les banques qui émettent de la monnaie. Cette monnaie est connue sous le nom de « fiduciaire » [2].
L’immense majorité de la monnaie en circulation a cependant une autre origine. Il s’agit de l’argent prêté par les banques, ou, si vous préférez, ducrédit bancaire. Supposez que vous vous adressez à votre banque préférée car vous voulez changer de voiture. Celle-ci, comme vous êtes un bon client, va vous préter la somme requise. Et c’est là ou se trouve une sorte de confusion volontairement entretenue. Dans les manuels d’économie, on vous raconte que votre banque va vous prêter de l’argent qui provient de l’épargne des déposants qui ont leur compte chez elle. C’est beau, mais c’est faux.L’argent que vous prête votre banque est créé par elle à partir de rien. Vous remarquerez qu’elle ne vous donne pas de liasse de billets. Elle crédite simplement votre propre compte d’une somme correspondante. Cela s’appelle, dans le jargon de la finance, de l’argent « scriptural » car né d’une simple écriture. Dans le bilan de la banque, cette somme apparaîtra comme une dette que celle-ci a envers vous. Vous voyez l’astuce…Le tour de prestidigitation des crédits transformés en dettes
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