
Un entretien vraiment exceptionnel de Maria Zakharova, porte-parole du ministre des Affaires étrangères russe par le journal français Le Point. (à lire gratuitement ici : Maria Zakharova, une femme au cœur du pouvoir russe)
Elle revient sans langue de bois sur la destruction par les Etats-Unis d'une Europe forte, unie et alliée avec la Russie, sur ce qui a rendu la situation en Ukraine épouvantable, sur l'ingérence des USA partout dans le monde, ou encore sur le fait que les pays européens n'ont aucune indépendance sur les sujets importants, qu'ils ne sont que des porte-paroles des Etats-Unis. Elle évoque également la responsabilité des médias occidentaux incompétents dans le fait que les populations ne comprennent pas la situation géopolitique, alors même qu'elles tentent tant bien que mal de résister intellectuellement grace à leur culture et éducation.
C'est bon signe que les Français puissent avoir accès à un entretien de cette qualité sur un grand journal mainstream.
Quelques extraits :
"Le Point : L’Occident mène-t-il, selon vous, une politique anti-russe ?
Maria Zakharova : Ce n’est pas une position anti-russe, c’est une position antinationale vis-à-vis de vos propres peuples. Qu’avons-nous à voir là-dedans ? Bien sûr, nous aimerions être perçus normalement, objectivement et positivement, mais que peut-on y faire ? En premier lieu, c’est vous-même que vous détruisez ! Finalement, vous n’avez plus rien, vous ne disposez plus des ressources ni des possibilités que vous offraient les relations avec la Russie, et vous n’avez même plus la paix en Europe."
"En 2015, sur la Syrie, Poutine déclare à l’Assemblée générale de l’ONU : « Si vous voyez, comme moi, que l’État islamique existe, il faut s’unir pour le contrer. Comme en 1941, quand nous avons tous raté Hitler justement parce que vous ne vous étiez pas décidé à temps ! Unissons-nous et ensemble, nous vaincrons l’EI. » Une moitié du public s’est moquée, l’autre a hué… Poutine a dit OK, il est rentré à Moscou, et la semaine suivante nos avions partaient pour la Syrie. Il avait raison, en tous points, même si, à l’époque, beaucoup nous ont menacés. Aujourd’hui, les mêmes pays nous remercient et nous disent qu’on les a sauvés !"
"Le Point : L’Occident ne se serait réveillé qu’à cause du conflit en Ukraine ?
Maria Zakharova : Qui s’est réveillé ? L’Occident ? Il dort d’un sommeil léthargique. Ce sont les États-Unis d’Amérique les plus actifs à ce jeu. L’Union européenne est un peu comme le /Titanic/, l’eau rentre par tous les côtés, mais l’orchestre continue à jouer !"
"Je comprendrais que vous n’avez pas pitié de nous, je comprends même que vous n’ayez pas pitié de l’Ukraine, mais enfin, vous n’avez même pas pitié de vous-mêmes, avec toutes ces armes que vous livrez, vous avez oublié tous les actes terroristes commis sur vos sols ? Vous en avez tous subi. Personne n’y prête attention, c’est devenu un problème de politique intérieure. En plus, à la tête des institutions politiques de certains de ces pays se tiennent des personnes liées aux États-Unis parce qu’elles y ont étudié, travaillé… Les États-Unis ne veulent qu’une chose : primo, dominer le monde et être les seuls qui contrôlent tous les processus ; deuzio : ne pas avoir de concurrents…"
"Le Point : N’est-ce pas plus compliqué aujourd’hui, avec Biden ?
Maria Zakharova : Aujourd’hui, c’est plus marrant… Non, je plaisante, mais on se rend tous compte que ce qui se passe est absurde. Le scrutin qui a élu Biden en 2020 s’est déroulé de manière sauvage, pas honnête. Les Américains eux-mêmes le disent : lisez les sondages selon lesquels la population ne croit pas en ces résultats ! Et de quelle liberté d’expression parle-t-on quand on ferme le compte Twitter d’un président en exercice, rendez-vous compte, en exercice ! Uniquement parce que c’est le souhait des sphères libérales !"
"C’est nous qui décidons ce qu’on a envie de dire, et vous, vous décidez ce que vous avez envie d’entendre. Nous continuerons à dire ce que nous avons envie de dire. Et pour ce qui est de poursuivre le dialogue, écoutez… Ici, Macron nous a tous fatigués.
Surtout quand on a appris que pendant ses coups de fil avec Moscou, il y avait une caméra derrière lui et que tout était enregistré pour un film (/Un président, l’Europe et la guerre/, 2022, NDLR). Avec qui on parle alors, et de quoi ? Cela fait huit ans qu’on a déjà discuté de tout et pour ce qui est de l’Ukraine, ce sont les États-Unis qui décident."
"Alors que ce projet [les gazoducs qui ont été détruit] est celui d’une infrastructure nous concernant tous. Oui, c’est notre gaz et nos tubes, mais pour approvisionner l’Europe ! Il a été détruit et aucun chef d’État ou Premier ministre de l’UE n’ose poser cette question simple : qui a fait ça ? Et vous me parlez de politique indépendante européenne ! Le peuple, lui, est capable de se poser des questions, mais chez lui, pas publiquement. Dès que quelqu’un s’exprime là-dessus, les services spéciaux viennent le voir et l’accusent d’être un agent russe.
Le Point : Vous pensez que ce que vous dites là arrive en France ?
Maria Zakharova : Je ne le pense pas, je le sais…
Le Point : La russophobie existe-t-elle en France ?
Maria Zakharova : Les Français tentent d’y résister parce qu’ils lisent, regardent des films, vont au théâtre et qu’ils sont habitués à penser et réfléchir par eux-mêmes grâce à leur niveau de culture. Mais on essaie de la leur imposer d’en haut. Comme en Espagne, au Portugal et en Grèce."
"Le Point : Pouvez-vous expliciter le terme « Occident collectif » ?
Maria Zakharova : C’est le fait que vous n’avez aucune politique extérieure individuelle !"
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